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Ein Internat in Deutschland (1934). Dans Kurt Hahn: Reform mit Augenmaß. Ausgewählte Schriften eines Politikers und Pädagogen. (Kurt Hahn: Réforme bien considérée. Oeuvres sélectionnées d'un homme politique et pédagogue). Editeur Michael Knoll. Stuttgart: Klett-Cotta 1998. Pages 223-231.

Cf. Michael Knoll: Kurt Hahn (1886-1974). In: Nouveaux pédagogues. Les pédagogues de la modernité. Ed. Jean Houssaye. Paris: Fabert 2007. S. 303-352.


Peu après so fuite en Angleterre, Hahn commença à fonder une école selon le modèle de Salem. Pour familiariser le public britannique avec ses conceptions d’éducation, il déploya une activité intense en tant qu’auteur et orateur. Sa conférence « German Public School » fut d’abord transmise par BBC, puis, en janvier 1934, publié dans The Listener. Sa conférence donne un aperçu complet des objectifs et méthodes pédagogiques de Hahn dans les années vingt.  

... [après la première guerre mondiale] l’Allemagne se trouvait réellement dans un état déplorable, et on faisait le Prince Max von Baden le bouc émissaire de la catastrophe nationale qui – comme je le pense avec beaucoup d’autres – aurait pu être évitée si on l’avait nommé à temps chancelier du Reich. Il a réagi par la fondation de l’école Schloß Salem et il a mis toute son ambition dans le lancement de la guérison de la misère de la politique intérieure et extérieure de l’Allemagne par l’éducation. Suit son message à nous:

« Profitez de la leçon tragique qu’était la guerre. Veillez à ce que le monde de l’action et le monde de la pensée ne soient plus deux camps séparés et hostiles. Développez l’imagination auprès du garçon qui a l’esprit de décision et la volonté auprès du rêveur de sorte que, à l’avenir, des hommes clairvoyants aient les nerfs de mener le chemin qu’ils ont indiqués et que les hommes d’action aient l’imagination de prévoir les conséquences de leurs décisions. Renforcez l’esprit de la discipline et la coopération spontanées, faites de votre communauté une fraternité nationale, jetez les bases pour la paix parmi les classes. Jetez des ponts vers le monde extérieur pour enfin créer un système d’éducation à transférer à la nation. Formez des soldats qui aiment aussi la paix. »

Comment engendrer un esprit de soldat et le maîtriser en même temps? Est-ce possible ‑ en Allemagne – de former des soldats qui prient pour la paix et qui, en même temps, sont préparés à défendre leur pays contre un agresseur trop puissant? Voilà la réponse du Prince Max: « Il est impossible de déterminer le vrai caractère d’un homme et d’une nation par des méthodes statistiques. L’homme et la nation peuvent se perdre pour longtemps: leur caractère, comme Dieu le désirait, ne se fait jour que dans de rares moments. »

... Laissez-moi décrire maintenant comment nous avons transféré le message de notre fondateur dans un système d’éducation. Premièrement, nous avons échelonné les frais de scolarité selon les revenus des parents. C’est de cette façon que nous avons échappé au sentiment exacerbé du privilège qui se présente souvent dans une école où seuls les enfants de parents très aisés se rencontrent. Nous avons constaté que la décadence n’est pas toujours une loi inéluctable de la nature. Le plus souvent c’est un gaspillage intentionnel d’un héritage formidable. Dans leur propre intérêt et dans celui de la nation, les enfants des puissants et fortunés devraient partager avec les fils et les filles dont les parents doivent se battre pour vivre les expériences d’une vie scolaire fascinante. C’est pour la seule raison que, en première année, trente pour cent des enfants venaient de familles dont la vie n’était pas seulement simple mais dure, nous étions en mesure de fonder à Salem une tradition caractérisée par des efforts énergiques et gais. Deuxièmement, Salem était attaché à une école du jour dont les enfants venaient de familles agricoles sûres de soi. Ils apportaient une attitude fermement critique qui était parfois si forte qu’elle pouvait chasser les deux phénomènes qui inévitablement hantent chaque internat qui a du succès: le contentement de soi et l’illusion que l’on se fait à soi-même. Troisièmement, nous sommes allés chercher les artisans des alentours pour les intégrer dans la vie scolaire. Nous avons eu une chance particulière, car depuis les temps de Klosters le métier était passé de père en fils pour certains artisans. Nous avons envoyé nos garçons dans les ateliers du village – chez le relieur, le maçon, le menuisier, le serrurier, le forgeron et le sculpteur sur bois. Ces artisans se sont souvent révélés être de véritables éducateurs; ils détestaient le travail à la va-vite, plus que c’était le cas pour le professeur. De cette façon, dès le début Salem n’était jamais isolé. Bientôt il est devenu le centre des environs et a refait naître le passé dans sa dignité. A Noël, nos enfants ont toujours donné un jeu de la Nativité. Au xvIe siècle, des réfugiés protestants l’avaient importé de Hongrie, nous l’avons retrouvé au lac de Constance. Plus de mille spectateurs sont venus, ils étaient même capables de comprendre l’ancien dialecte et, chaque année, c’était le même frisson quand Hèrode a commandait de tuer les enfants et que la vierge Marie se trouvait soudainement devant lui en disant: «  O Hèrode, o Hèrode, athée. Qu’est-ce que les petits enfants vous ont fait? » Presque le même nombre sont venus voir les pièces de Shakespeare ou les drames grecs qui ont été joués devant le château chaque été.

Maintenant, j’en viens à parler du système de Salem, de la participation des élèves à la gestion de l’école. Au début, c’ést nous qui nous sommes chargé du système de préfets. Nous les avons appelés « aides ». A leur tête se trouvait le surveillant. Les aides étaient responsables de la paix et de l’ordre ainsi que du style de l’école. Un collègue anglais, un ancien « capitaine » de Eton, nous a proposé de déléguer aux aides de plus en plus de responsabilités et de leur confier des tâches très importantes dont l’exécution négligée aurait provoqué l’effondrement de l’état scolaire ou qui, bien au contraire, contribuait à le maintenir si elles étaient exécutées avec beaucoup d’engagement. Chaque aide était responsable de son propre champ d’activité. On trouvait l’aide au travail. Il a surveillé la construction de la piste cendrée qui devrait être terminée avant la rencontre avec Harrow et coûtée 200 L de moins que calculé d’un expert; elle fut terminée juste à temps et, en commun avec le responsable de la piste, les garçons avaient fait tout le travail par eux-mêmes. Cet aide avait aussi la fonction de conseiller pour la corporation des techniciens qui s’occupait pendant quatre ans de la construction d’une cabane en bois dans les collines – à huit kilomètres de Salem – et pendant deux ans de la construction d’un planeur. On trouvait aussi l’aide aux jeunes. Il a à défendre les intérêts des plus jeunes contre les professeurs et les élèves plus âgés. Nous avons l’aide à la santé qui assiste l’infirmière à prendre soin des malades et qui doit protéger les enfants d’une santé délicate qui doivent être endurcis graduellement par l’entraînement tout en ménageant leur santé. Il y avait des exercices particuliers pour les enfants aux pieds faibles, aux bras faibles, à la scoliose et aux déformations du thorax. L’aide du poste extérieur s’occupait des élèves du jour et leur rendait visite à la maison. La tâche de l’aide exploitant consistait à éviter le gaspillage et à surveillant l’usage sécurise du grand nombre de fours. Le chauffage central dans le bâtiment scolaire était confié à un garçon qui travaillait sous la direction de ce dernier.

Le surveillant et les aides sont nommés par le directeur d’école et choisis parmi l’assemblée des « porteurs de couleurs ». Les porteurs de couleurs forment une sorte de chambre haute telle que « Pop » à Eton, et choisissent leur propres membres. Ils sont admis pour reconnaissance de travaux accomplis avec responsabilité. Un quart des élèves sont des porteurs de couleurs. A chacun d’entre eux est confiée une tâche d’une grande importance pour l’état scolaire. Il y a deux hiérarchies qu’un garçon doit traverser avant de devenir un porteur de couleurs. Après un trimestre d’essai, il a droit à l’uniforme scolaire. Après un an, il a le privilège et la responsabilité pour le plan d’entraînement, ce qui est une particularité de Salem et qui été maintes fois critiquée par nos amis en Angleterre. J’aimerais dire quelques mots à sa défense.

Il y a deux méthodes de guider les jeunes. Soit les mettre aux fers par la méfiance, soit les attacher par la confiance. Je suis convaincu qu’un garçon éveillé est en mesure de rendre inefficace la première méthode en tout temps. Moi-même, j’ai confiance en la deuxième méthode, celle du Dr Arnold, néanmoins à condition qu’elle soit renforcée par l’incitation quotidienne à l’auto-contrôle. C’est exactement cela le but du plan d’entraînement. Chaque soir, le garçon note s’il a respecté certaines règles qui ont été érigées pour le développement et le maintient de sa performance: par exemple une douche froide tous les matins, savonner le corps entier tous les après-midis, signaler une maladie, respecter les heures de repas et ne pas goûter en cachette, faire les exercises individuels dont le but est de surmonter des faiblesses particulières ou de former des points forts. Il évalue son travail de la même manière et entre un plus ou un moins dans les rubriques: j’ai fini tous les devoirs, j’ai travaillé en silence, j’ai commencé le travail à temps. Une partie du plan des porteurs de couleurs était de se promener seuls pendant deux heures tous les dimanches. C’est de cette façon qu’ils doivent développer une habitude qui les protège contre l’épuisement et la distraction de la civilisation de nos jours. Quelquefois, certains points sont entrés avec le signe « x », dont le garçon lui-même est le seul à connaître la signification ou éventuellement avec son mentor lorsque le garçon lui a accordé sa confiance. Ces points peuvent toucher des questions importantes et difficiles de l’autodiscipline. Une telle inscription n’est pas une confession envers des tiers mais une confession envers soi-même et sa conscience.

Maintenant, je vais vous parler du troisième objectif du fondateur: Encourager l’imagination du garçon qui a besoin d’activité – disons plutôt: la maintenir, car elle est vivante de toute façon dans un enfant en bonne santé jusqu’à l’âge préscolaire. Un garçon ou une fille de six ans ne s’ennuient presque jamais par des heures non remplies. Sans cesse, ils rêvent, font des projets, construisent, font des découvertes, posent des questions, chantent et se déguisent. Puis, tout cela fini tout d’un coup. En vacances à la maison, l’enfant ne sait que faire de lui-même. Pourquoi? Des jeux organisés ont commencé trop tôt. Ils ne portent pas nécessairement atteinte au rêveur qui cherche refuge devant les jeux dans un coin sûr et caché, mais ils portent atteinte au jeune sportif dont l’enthousiasme pour le football se dérobe de sa passion créatrice qui –  un jour –  ne peut plus être réveillée. L’imagination qui n’est pas employée s’atrophie comme un muscle sans exercice.

Au début, les plus jeunes participaient à la vie des garçons plus âgés à Salem. Nous n’étions pas en mesure de répondre aux besoins des garçons plus jeunes. C’est pourquoi nous les avons transférés dans une école de jeunes à huit kilomètres de Salem. De là, on embrasse d’un coup d’œil un plateau de collines de 660 m environ, les Alpes se font jour au loin et redisparaissent dans la brume et une toute petite pointe du lac peut être vue. Le paysage même a un effet fortifiant sur l’esprit d’initiative. Nous avons décidé de ne faire commencer le sport d’équipe qu’après l’âge de treize ans et avons constaté ceci: l’imagination de l’enfant reste vivante et se fortifie jusqu’à pouvoir même résister à la puberté. Nous leur avons laissé assez de temps libre sans nous inquiéter parce que nous leur avons offert des repas sains. Ils ont transféré des mythes grecs et allemands en drames et les ont représentés en plein air. Chaque année, ils ont préparé la fête du tilleul centenaire qui se trouve à proximité de l’école pour nous protéger comme une grande mère. En l’espèce de trois mois, ils ont préparé une exposition de différentes nations. Vingt groupes s’occupaient d’étudier un peuple chacun avec sa musique, ses habitudes et son histoire. Ils ont fabriqué leurs propres costumes et le bâtiment scolaire était parsemé de tentes pendant toute une journée. Tous ont demandé un prix d’entrée comme contribution à la fondation d’un petit zoo. Depuis peu, il existe une seconde école de jeunes à dix kilomètres, de l’autre côté des collines, des rivières et des gorges profondes. Pour voler et taquiner les rivaux, des expéditions ont été entreprises et planifiées des mois en avance; heureusement, beaucoup d’entre elles ne se réalisaient pas mais quelques-unes – je le crains –  ont été effectuées avec un génie stratégique et une précision opérationnelle au petit matin.

L’élève de l’école de jeunes qui arrive à Salem ou à l’école des seniors à Spetzgart ouverte en 1929, apporte une imagination intacte. Pour que cela ne change pas, il nous fallait même réduire le sport d’équipe à l’école des seniors. Leur nombre a été réduit. C’est une obligation pendant deux jours de la semaine, les autres jours – généralement aussi le dimanche – cela n’est pas permis. Nous nous sommes attendus à une diminution de puissance, mais c’était le contraire. De par la restriction, nos jeux ont gagné de dignité et de cérémonie. Ils sont plutôt des concours grecs que des concours romains.

Maintenant, j’en viens à parler de la revendication la plus difficile de notre fondateur: Veillez à ce que le rêveur sensible travaille pour la chose commune et y participe réellement. La question se pose de savoir dans quelle mesure il faut admettre des enfants soi-disant nerveux et difficiles dans notre vie en commun. Si par exemple un père s’approchait de moi avec l’histoire suivante: le garçon est un rebelle et déséquilibré, passe de la joie folle à la dépression, monte des tours, est un voleur à l’étalage et a essayé de se suicider par deux fois  ‑ ne faudrait-il pas le conseiller de le mettre dans un établissement pour des enfants difficiles et inadaptés? Il ne s’agit pas ici d’une histoire inventée. Ce garçon vivait en Angleterre au xvIIIe siècle et s’appelait Clive. Moi, je pense qu’un internat comme le mien devrait admettre un garçon comme Clive. Pas pour lui rendre service, mais dans l’intérêt de mon pays.

Après que le pistolet a refusé de fonctionner pour la deuxième fois, Clive croyait que Dieu l’avait choisi pour faire avec lui quelque chose de particulier sur ce monde. Moi, je suis convaincu que la foi en son propre destin ne devrait pas dépendre d’une coïncidence dans sa future vie mais, bien au contraire, que c’est notre tâche d’éveiller cette foi dans les enfants qui nous sont confiés. Nous pouvons l’atteindre par l’assouvissement de la grande passion. Chaque fois que j’en parle devant de pédagogues en Allemagne ou à l’étranger, ils élèvent deux objections. La première: Il n’existe que peu d’enfants qui ont une « grande passion ». Je crois que presque tout enfant normal – garçon ou fille ‑ a une grande passion, qui est souvent cachée et ne se réalise pas jusqu’à sa mort. Je ne prétends pas que Salem était toujours capable de la révéler, mais nous avons assez de faits pour prouver qu’elle était presque toujours là; et si elle est restée inconnue, nous avions échoué. La deuxième objection est la suivante: Là où il existe une vraie passion précieuse, elle suit son propre chemin par lui-même. Moi, je pense que c’est une attitude dangereuse, bien qu’elle épargne aux parents et aux professeurs une mauvaise conscience bien méritée. Laissez-moi réfuter cette objection par une histoire du temps de mes études. Il y avait une fois un boursier de Rhodes américain. Il était connu chez nous comme sauteur en hauteur, comme paresseux et intelligent. Ses performances étaient seulement passables, il s’est marié et est devenu un avocat moyen au Middle West. Pendant la guerre, il a fait son service militaire dans le service de surveillance côtière où il a souvent observé – la nuit – les étoiles pour lesquelles il n’a jamais éprouvé de l’intérêt – sauf dans sa petite enfance. Aujourd’hui, il compte parmi les astronomes les plus renommés du monde. Faut-il attendre une guerre mondiale pour que le professeur X et autres retournent sur eux-mêmes?

Comment est-ce possible de découvrir la grande passion? Certainement pas par pénétration inconsidérée dans l’âme de ce garçon. Le besoin profond d’activité est l’œuvre le plus puissante et en même temps le plus sensible de la genèse. Exposé à la lumière du jour et dégagé, il peut être paralysé pour toujours. De plus, la réserve émotionnelle des enfants de l’hémisphère du Nord est une sorte de pudeur dont il ne faudrait pas se mêler, même pas au nom de la religion. L’esprit de Salem est de donner à la jeunesse les moyens du retour sur elle-même en la mettant en contact étroit avec de multiples activités. Lorsqu’un enfant est retourné sur lui-même, on entendra souvent un cri d’allégresse ou on sera gratifié d’une autre expression de son sentiment élémentaire de bonheur. Mais il ne faudrait pas utiliser de telles activités comme superstructure à un programme chargé. Il est absurde de mener un animal qui a été nourri toute la journée dans l’étable à un pâturage vert. Les innombrables activités ne sont pas à même de fixer l’attention de l’enfant et de le promouvoir, à moins qu’elles aient une place d’honneur reconnue dans le programme du jour. Le samedi après-midi est le jour des corps de métier des naturalistes, des techniciens, des agriculteurs et des hérauts (amateurs de l’art). En outre, il y a d’innombrables possibilités de satisfaire au désir de responsabilité, à l’impulsion à la création, au désir Samaritain et à l’aventurisme. Au moment où le garçon sensible commence à vivre sa grande passion, nous sommes d’avis qu’il est suffisamment fort pour subir un échec et à le surmonter; cela veut dire que nous le poussons volontairement à faire des activités qui provoquent chez lui la peur d’échouer. Nous avons constaté que l’âme de l’enfant, ayant vécu le triomphe du succès, est capable d’avoir recours à des réserves restées intactes jusqu’à présent.

Ce processus de l’endurcissement graduel est supporté par notre entraînement physique. Tous les garçons et toutes les filles sont obligés de faire une course du matin avant le petit déjeuner. Presque tous les garçons s’exercent pendant toute l’année à la course, au saut et au lancement : quatre fois par semaine – dans la pause de l’entraînement de la matinée – nous les incitons à le faire. Nous avons trouvé qu’il est possible d’augmenter la résistance et la vigueur auprès de 90 % des garçons. Le saut en hauteur est particulièrement apte à développer l’esprit de décision. Le garçon dont l’intellect est très marqué recule souvent devant ce défi, mais, une fois surmonté son aversion contre les efforts physiques, la vie active commence à l’attirer. Nous étions capables d’utiliser le saut en hauteur pour guérir un bégayeur. En 1928, 80 % des garçons qui ont quitté notre école étaient capables de faire un saut de plus de 1,50 m en hauteur. Spetzgart, notre deuxième école de seniors, a mieux réussi que nous à aider les garçons peu robustes à obtenir la résistance nerveuse et la force physique. Faire de la voile et ramer dans des cotres sur le lac de Constance sous la direction de deux officiers de marine s’est révéle être particulièrement efficace. Pour certains garçons qui étaient peu sportifs au début, ces activités se sont soldées par une longue expédition dangereuse à terre et sur l’eau. De telles expéditions ont été parfois effectuées par l’école dans le but d’en faire un élément essentiel de notre éducation. En été 1925, dix-huit garçons sont allés en Finlande. Ils ont acheté des bateaux, ont traversé les lacs de Päijänne et de Saimaa et ont partiellement vécu de la pêche et de la chasse, puis ils ont revendu leur bateaux.

Je vous ai raconté comment nous avons essayé de réaliser les idées de notre fondateur. Ce faisant, nous avons découvert un trait de caractère des hommes auquel nous ne nous attendions pas et qui, cependant, est la contribution décisive de Salem à la pédagogie, même de l’étranger: Lorsqu’on réussit à inspirer auprès des jeunes la grande passion avant ou au début de la puberté, elle devient l’ange gardien pendant l’époque de la puberté, alors que le garçon sans protection et inexploité entre l’âge de onze et quinze ans est rarement en mesure de maintenir intacte sa joie de vivre. Nous aimerions même prétendre que la différence de la maturité intellectuelle entre un garçon de treize ans et un garçon de onze ans est plus grande que celle existe entre un homme de trente ans et un garçon de treize ans. Ce vieillissement prématuré est accepté par la famille et l’école comme fatidique. Ils l’appellent l’âge gaucher, nous parlons de l’âge ingrat. Jusqu’à maintenant, nous avions simplement cru qu’un garçon de quatorze ans va perdre sa sûreté de la victoire – comme l’a nommée Platon – de même que sa force d’être heureux, d’être triste ou de se mettre en colère, qu’il devient paralysé et limité dans sa capacité d’aimer, que son esprit d’initiative se fatigue, que sa curiosité ardente cesse d’exister et que même le charme de l’ingénuité de l’enfance disparaît de son visage. Salem a démontré que cela ne doit pas nécessairement être le cas. Nous sommes en mesure de garder la fraîcheur et la force de l’enfance intacte et pure au delà de la puberté et de la donner à l’homme en tant que source d’énergie qui dure toute une vie. ...